d’Anne APPLEBAUM
La lecture terminée, je me suis interrogé sur le sens de la dédicace et sur sa pertinence: « Aux optimistes »
Le sens d’abord: » Bon courage les optimistes » ? « Rien n’est perdu les optimistes » ? » Restez optimistes malgré tout » ?
La pertinence ensuite :le monde qu’A .Applebaum nous révèle ( pour moi, en tout cas , ce fut une révélation) est d’une telle noirceur qu’on peut vraiment se demander si l’optimisme est encore de saison. Certes l’épilogue nous propose quelques « voies », »quelques pistes « , quelques actions possibles » mais sa fin est plus inquiétante qu’autre chose :
« Il n’existe plus d’ordre mondial libéral ,et l’aspiration à en créer un ne semble plus réelle .En revanche, il existe des sociétés libérales, des pays ouverts et libres qui offrent aux gens de meilleures chances de vivre une vie utile que les dictatures fermées. Ces sociétés ne sont guère parfaites. Celles qui existent souffrent de graves défauts, de divisions profondes et de terribles blessures historiques. Mais c’est une raison de plus pour les défendre et les protéger ; Elles ont été si peu nombreuses au fil de l’histoire ; et tant ont disparu sans tarder. Elles peuvent être détruites de l’extérieur comme de l’intérieur, par la division et les démagogues. Il est aussi possible de les sauver à la seule condition que nous, qui vivons dans ces sociétés, consentions aux efforts nécessaires » ( p 242/243)
Rien vraiment nous laisse penser que nous consentirons aux efforts nécessaires. Le consumérisme reste l’art de vivre de beaucoup : la guerre en Ukraine, les guerres qui s’annoncent ne font pas beaucoup baisser le tourisme et la fréquentation des magasins. Il est vrai que , dépossédés de tout pouvoir réel, à la merci de politiciens qui cherchent à sauver « LEURS meubles » , que peuvent les citoyens ? Mais il est certain que c’est la prise de conscience de celles et ceux qui vivent dans des sociétés démocratiques libérales qu’elles.ils ont une chance extraordinaire d’y vivre , malgré tous leurs défauts, qui pourra leur permettre de rester des acteurs de leur histoire.
Ce livre est donc à lire d’urgence pour prendre conscience de l’existence non d’un complot des autocrates de la planète- que rejette l’autrice- mais de leur alliance «objective », qui s’enracine dans leurs passions partagées, celles du pouvoir et de la richesse , non pas au service des peuples , mais au leur. Page après page les faits s’accumulent , bien documentés , qui prouvent que ces autocrates veulent en finir avec la démocratie et la liberté .
