Le cosmopolitisme plus que jamais

 Le cosmopolitisme , plus que jamais .

L’année 2024 qui commence ne porte pas à l’optimisme . En 2023,  comme si la guerre de la Russie contre l’Ukraine ne suffisait pas , nous avons subi l’horreur du pogrom commis par le Hammas contre les israéliens :que nous  réserve l’ année 2024 ?

Le  petit délinquant de Saint-Pétersbourg ,Poutine,  qui vraisemblablement a  perdu le sens de l’humanité  pendant son enfance  et son adolescence,  a montré que la vie humaine n’avait aucun prix ,en Tchétchénie , en Syrie, ou en Russie . Il  a cru qu’il allait mettre l’Occident devant sa faiblesse , lui révéler sa décadence et ,  de son erreur de diagnostic  ,il résulte que le désordre du monde  est en passe de devenir un chaos dont on ne sait pas comment on  sortira !  Ce  chef de bande  , pour qui la puissance est une fin en soi , n’a rien à proposer si ce n’est une société qui ressemble beaucoup à celle qu’Hitler avait     tenté d’imposer à l’Allemagne et qu’il se proposait d’imposer au monde : les trois K pour les femmes( Kinder, Küche,Kirche ),l’alliance du glaive et du goupillon ( avec un Kyrill , ancien du KGB , une parfaite petite crapule comme lui), une société militarisée , totalement contrôlée , la corruption à tous les niveaux . Le poutinisme ou le nihilisme au pouvoir ! Bel avenir pour l’humanité !  Mais la Chine et les Etats-Unis nous offrent-ils un avenir tellement plus enviable , quand on voit que les américains  sont  incapables de se défaire d’un Trump, aussi dangereux que l’est Poutine, et que Xi Jinping , avec cet air calme qu’il affiche en permanence  est sans aucun doute l’un des pires dictateurs de la planète? Et que peut-on attendre de l’Union européenne demain , inconscient des dangers qui la menacent , de l’intérieur comme de l’extérieur? Si l’orchestre des Etats du monde  était loin de jouer une partition  harmonieuse avant 2022 , aujourd’hui  c’est la cacophonie .

Et pourtant cet état ne détourne nullement de notre conviction cosmopolitique .Bien au contraire !  Le cosmopolitisme c’est la puissance au service du droit , c’est la puissance au service des citoyens , la puissance au service des droits humains , au service de l’Humanité .Le droit , comme l’a si bien montré Rouseau, ne peut pas être le droit du plus fort , qui n’est que la force .Il n’y a pas de droit sans reconnaissance des uns par les autres et la reconnaissance ne s’obtient pas par la peur , la contrainte , les violences de toute nature .

Le cosmopolitisme  n’est pas le nationalisme , cette vision  rabougrie de l’Humanité , cramponnée à une identité fantasmée , portant à la paranoïa  et au mépris ou à la haine de l’Autre. C’est au contraire le courage , l’audace , la volonté de trouver le chemin d’une humanité une !

Le cosmopolitisme  est le contraire d’une rêverie fumeuse :il est le seul chemin qui s’impose à toutes celles et tous ceux qui souhaitent vivre dans un monde qui ne soit pas une  jungle ou un camp de concentration  mais un monde où chacun   dans le dialogue avec l’Autre  , a quelque chance de ne pas tomber dans la barbarie .

La Russie nous montre aujourd’hui, comme hier , ce qu’est ce sentiment d’être un peuple supérieur : la perte de l’Humanité.

Et elle nous montre ce qu’est la Souveraineté au sens fort et précis du terme  : la puissance de la tyrannie !

Anna POLITOVSKAIA

L’honneur de la Russie

(Toutes nos citations sont tirées des ouvrages suivants : « Tchétchénie, le déshonneur russe », «  Douloureuse Russie Journal d’une femme en colère » «  La Russie selon Poutine » «  Qu’ai-je fait » ? et d’un livre d’hommages « Hommage à Anna Politovskaia »)

Dans cette Russie  devenue sous Poutine un véritable cloaque , il y a, heureusement pour le bien de ce pays, quelques Russes qui refusent de le suivre dans son délire et   dans ses comportements de petit malfrat et   maffieux , refusent de garder le silence et  de continuer de mener leur  existence en préférant détourner le regard  des horreurs commises en Ukraine  et dans leur propre pays . Au moment où j’écris il se dit que plus de 80 % des russes suivent Poutine-ou le laissent  faire-  dans  ce qui pourrait bien s’avérer une descente aux enfers pour la Russie et pas du tout  ce  combat homérique contre l’Occident décadent  dont il prétend être le héraut (  sans rire …quand on sait qui est Poutine et la clique qui l’entoure, on peut se demander qui est le plus décadent !!!!). Cette infime minorité de russes qui résistent à ce déferlement de violence et à cette dégringolade morale court le risque de la prison ou , plus expéditif, de l’assassinat.

Mais ils sont l’honneur de ce malheureux pays !

Ce fut le cas d’Anna Politovskaia  , journaliste , qui, comme  tant d’autres   ,  a payé de sa vie sa volonté de se tenir au plus près de la réalité  .Elle a été assassinée le 7 octobre 2006 dans son immeuble . D’autres tentatives avaient échoué de peu ( erreur sur la personne, empoisonnement . .. l’empoisonnement grande spécialité russe comme  les défenestrations  ou… la vodka ). Comme très souvent en Russie , on ne trouve jamais les commanditaires . On  a attribué cet assassinat à des tchétchènes pour le compte de Kadyrov  . En réalité A.Politovskaia n’avait tout simplement pas sa place  dans une Russie qui , sous Poutine , se resoviétisait à grand pas . Elle aimait la Russie mais la Russie de Poutine et Poutine ne l’aimaient pas .Elle faisait partie de ces gens qui gênent les hommes ( ou femmes ) avides de pouvoir , avides de le conserver et prêts à utiliser tous les moyens pour arriver à leurs fins , mais vraisemblablement aussi celles et ceux qui n’aiment pas qu’on leur disent leur vérité en face , qu’on dénonce leur lâcheté et  leur petitesse . La mort d’A.Poliktovskaia n’a pas suscité de manifestations publiques  dignes de son immense talent et de son courage. Poutine a été à cette occasion égal à lui-même, méprisant et cynique .

Pourquoi lire A.Politovskaia aujourd’hui ?

Disons-le : d’abord pour son courage exceptionnel et sa capacité à affronter le pire, pour comprendre et faire comprendre et connaître. Elle savait que , d’une certaine façon, son travail d’investigation, son intégrité , la condamnaient à une mort certaine. Ses ami-e-s , sa famille, toutes celles et tous ceux qui la connaissaient bien lui conseillaient d’éviter de se mettre en danger . Mais elle avait des exigences telles qu’elle ne pouvait tout simplement plus s’arrêter , à moins d’ avoir le sentiment de trahir les gens et les idées pour lesquels elle était prête à risquer la mort ( ou les tortures..). Il ne faut  jamais oublier de telles personnes qui , au moment les plus tragiques de l’existence , nous convainquent que nous devons résister et nous donne l’exemple à suivre. Quel que soit le pays. Elles sont l’honneur de l’humanité.

Ensuite ,parce qu’elle fut une journaliste exemplaire et qu’elle a si bien fait son travail que la lire aujourd’hui, comme je l’ai fait il n’y a pas si longtemps, permet de comprendre les évènements les plus récents . La  compréhension qu’elle nous propose est  nourrie   de la fréquentation des  terrains de guerres , des contacts avec les familles, les mères , les combattants, beaucoup plus que par la lecture  et des recherches en bibliothèques . Mais plus que cela même, sa manière de faire du journalisme était au service d’une volonté d’aider les gens , de faire évoluer positivement les choses , de modifier le monde tel qu’elle le voyait :

« Quand j’écris un article , c’est toujours la même pensée qui m’habite. Je cherche à aider des gens qui sont plus malheureux que moi. Le journalisme donne  beaucoup de moyens pour cela. Ecrire un article  n’est pas  une fin en soi. Si on écrit sur une victime , le but n’est pas de faire pleurer ses proches , mais d’émouvoir les autorités. Si mon article n’entraîne aucune réaction chez les bureaucrates , je me dis que c’est ma faute , que je n’ai pas réussi à trouver les mots pour les atteindre suffisamment . J’ai toujours conçu mon travail de journaliste de cette façon «  ( cité par A. Guillermes dans « Hommage à A .P »)

Elle ne fera jamais partie de ces journalistes  qu’elle appelle des koviorny :

« Il existe un vieux mot russe , koviorny, un dérivé de kovior, « tapis ». Il a presque le même sens que le mot « clown » , mais il est plus précis. Le koviorny entrait sur la scène du cirque , le « tapis »,  pour amuser le public . En aucun cas, il ne devait rendre le public triste . S’il n’arrivait pas à faire rire ces messieurs venus au spectacle , le public le sifflait et le propriétaire du cirque le chassait aussitôt.

Presque tous les journalistes et les medias russes de la génération actuelle sont des koviorny. Tous ensemble ils forment un cirque forain dont l’objectif est de distraire le public. Quand ils écrivent sur des sujets sérieux, c’est pour vanter les mérites de la « verticale du pouvoir »…. La « verticale du pouvoir » est un système étatique dans lequel on a évincé des postes de direction tous ceux  qui pouvaient penser autrement que leurs supérieurs. L’administration du Président Poutine, qui de fait gouverne le pays, a donné un nom à cet état de choses : NACHI, les « nôtres ». Les « nôtres » , ce sont ceux qui sont avec nous. Les autres , ceux qui ne sont avec nous, sont des ennemis. L’écrasante majorité  des médias russes ne font en fait que décrire ce dualisme : à quel point « les nôtres » sont bons et à quel point les ennemis sont répugnants. En règle générale , les ennemis sont présentés comme des gens « vendus à l’Occident » :hommes politiques d’orientation libérale , défenseurs des droits de l’homme, « mauvais » démocrates ( l’image d’un « bon » démocrate est celle de Poutine). La presse et la télévision titrent en gros pour annoncer une « révélation » : tel « ennemi » est subventionnée par telle fondation occidentale »

Les journalistes sont , sous Poutine, redevenus des propagandistes , avec  comme  conséquence , « une époque de stagnation intellectuelle et morale du milieu  professionnel » journalistique.  Les journalistes reconnaissent  qu’ils reçoivent directement de la présidence des informations sur « les ennemis » et la présidence leur dicte les sujets  à traiter et ceux  à ne pas évoquer.

Bien évidemment les journalistes sont très bien payés et ne sont pas pressés de se faire licencier  en refusant de faire ce travail.

C’est ce qu’a toujours refusé A.Politovskaia, qui , écrit-elle, «  abhorre  l’idéologie qui nous gouverne : les « nôtres » versus «  les « ennemis, et qui s’est  «  habituée à travailler comme une clandestine » , à ses risques et périls.

Elle termine son article :

« Alors qu’ai-je fait , vilaine ? J’ai seulement écrit ce dont j’ai été moi-même témoin. Rien de plus. Délibérément je ne m’étends pas sur les autres «  agréments » du chemin que j’ai choisi. Un empoisonnement. Des arrestations. Des menaces dans des lettres et sur Internet. Des coups de fil anonymes promettant de me tuer. Je pense que ce n’est pas important .Ce qui compte, c’est que j’ai la chance de faire mon travail. Décrire la vie, recevoir tous les jours des visites à la rédaction, car les gens n’ont plus où aller avec leurs malheurs. Les autorités ne veulent rien entendre car les malheurs ne cadrent pas avec la conception idéologique du Kremlin » 

(Quand elle a été assassinée A.P travaillait à Novaïa Gazeta)

Enfin il faut la lire pour comprendre la Russie d’aujourd’hui , la Russie la plus récente , dont elle avait tout compris  et dont la dernière année  2022/2023 , nous montre qu’elle ne s’était pas trompée. L’échec de « l’opération spéciale » ( une  formule presque identique avait déjà été utilisée pour la Tchétchénie ) démontre aisément que Poutine n’avait rien compris à l’évolution de l’Ukraine, aveuglé par sa haine et le mépris des ukrainiens, rendu stupide sans doute par son ego démesuré et son hubris ( ce petit délinquant se prend pour le sauveur de la Russie).

Elle ne s’était pas trompée sur Poutine ,et c’est par ce qu’elle en dit que l’on peut commencer à rendre compte de ses textes.

A.Politovskaia  avait une réelle aversion pour Poutine , comme elle l’affirma dans le dernier chapitre de « La Russie selon Poutine ». Pourquoi cette aversion se demande-t-elle , elle qui n’est ni une adversaire  ni une rivale politique de Poutine ? La réponse :

« Je le déteste  parce qu’il n’aime pas le peuple. Il nous méprise, il ne nous voit que comme un moyen d’arriver à ses fins, d’étendre et de conserver son pouvoir . Il se croit donc en droit de faire de nous ce qu’il veut, de jouer avec nous et de nous manipuler, de nous détruire  s’il le juge nécessaire . Pour lui nous ne sommes rien, tandis que lui, qui s’est fortuitement propulsé à la tête du pays, est aujourd’hui l’égal d’un tsar et même d’un dieu que nous devons adorer et craindre. »  

Un peu plus loin elle écrit : « Je le déteste  pour sa redoutable balourdise, pour son cynisme, pour sa xénophobie, pour ses mensonges, pour les gaz qu’il a utilisés lors du siège du Nord-Ost ( = le théâtre de Moscou) , pour le massacre des innocents qui a perduré tout le temps de son premier mandat présidentiel »

Poutine n’est pas arrivé au pouvoir parce qu’il aurait manifesté des compétences politiques exceptionnelles . Il a profité , comme d’autres , de la situation de déliquescence dans laquelle se trouvait la Russie après la chute du mur de Berlin :

« Je crois que ces gens-là n’étaient tout simplement pas prêts à diriger un pays. Ils ne doivent qu’au pur hasard de s’être retrouvés si haut. Peut-être sont-ils  à présent heureux d’être présidents . Mais lorsque les fêtes et les banquets sont finis et qu’il faut passer à la politique réelle , ils se révèlent profondément incompétents . Et quand viennent les difficultés , loin d’admettre les erreurs , ils se mettent en quête d’ennemis, souvent imaginaires, à qui ils pourront faire porter la responsabilité de leurs propres échecs »

A.Politovskaia rappelle qui est Poutine  et en quelques mots brosse de lui un portrait sans concession :

« V.Poutine , pur produit des services secrets , n’a pas réussi à dépasser ses origines et n’a jamais cessé de se conduire comme un lieutenant-colonel du tristement célèbre  KGB. Aujourd’hui comme hier , sa principale préoccupation reste de régler ses comptes avec ses concitoyens épris de libertés, libertés qu’il s’obstine à piétiner comme il le faisait dans sa précédente carrière »

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« Son étroitesse d’esprit et son chauvinisme sont ceux d’un homme de son grade. Il a la personnalité terne d’un lieutenant-colonel , qui n’a jamais réussi à atteindre le rang de colonel ,les manières d’un homme des services secrets russes habitué à espionner ses collègues . La rancune n’est pas son moindre défaut : aucun de ses opposants politiques , pas un seul représentant d’un parti politique tant soit peu dissident , n’ont été conviés à sa cérémonie d’investiture »

Poutine n’a rien d’un génie capable de comprendre les désirs de ses concitoyens et de les utiliser :

«  Si vous pensez que Poutine a génialement perçu les désirs de la foule et s’est appuyé dessus pour construire sa politique chauvine de l’Etat fort, vous vous trompez. Ce n’est pas un génie , il est issu du même moule que notre foule à la fois prosoviétique et post- soviétique , et c’est de là que viennent nos problèmes actuels. A proprement parler , la foule l’apprécie parce qu’il fait corps avec elle . Il est lui-même ce « saucisson à deux roubles vingt » qui considère sincèrement que l’époque soviétique était la meilleure et qu’elle devrait être restaurée. C’était l’époque où le KGB était à l’apogée de sa puissance , tout le monde en avait peur, sans savoir concrètement pourquoi. L’époque où l’on avait une vie double et une morale triple. L’époque où le chef avait un visage tournée vers l’Occident  et un autre pour son peuple. L’époque où une puissante machine de lavage de cerveau tournait jour et nuit sous la direction du parti. L’époque où seuls les cyniques avaient une chance de succès »

Un homme médiocre  , mais dont le cynisme a  lentement produit des effets délétères sur la société russe  qui sortait déjà très abîmée par le soviétisme. Poutine s’est révélé être non pas un chef d’état mais un parrain  à la tête d’une mafia qui s’est accaparé le pouvoir et la richesse du pays . Un clan de prédateurs  qui vit de la corruption , qui l’entretient , qui n’hésite pas à assassiner  ou à emprisonner toutes celles ou tous ceux ceux qui pourraient mettre en péril leur pouvoir.

 On ne peut éviter , pour se faire plaisir , de rappeler quelques mots de la description que donne A.Politovskaia d’un spectacle sensé être religieux et qui se révèlera du plus haut comique  ( il faut lire ce récit où Poutine, Medvedev , Fradkov , premier ministre à l’époque et I.Loujkov , maire de Moscou, vont être les personnages comiques de cette « cérémonie »). Petit avant-goût :«Les trois hommes ( Poutine, Medvedev, Fradkov) se signèrent avec une maladresse drôlatique.. Medvedev se toucha le front puis porta sa main à son entrejambe. Le spectacle était réjouissant. Medvedev , à la suite de Poutine , serra la pince  au patriarche comme à un camarade, au lieu de lui embrasser la main selon l’étiquette de l’Eglise orthodoxe. Le patriarche russe passa outre »  A.Politovskaia rappellera dans un autre ouvrage  combien Poutine  était d’une maladresse amusante lorsqu’il se signait . Il est vrai qu’il n’avait jamais vraiment appris à l’école du KGB…. Depuis il s’est amélioré, comme on a pu le voir à la télévision russe  …)

D’une formule qui résume le personnage et les  conséquences qui en résultent pour ceux qui le fréquentent :

« Il profane tout ce qu’il touche » .

Et il produit des monstres :

« C’est une véritable tradition : la protection de Poutine transforme les gens en monstres..Le père Kadyrov  était un homme horrible mais son fils , soutenu en tout par Poutine, est encore pire . ( et de citer deux autres    que la fréquentation de Poutine a transformées, pour le pire).. ; plus on se rapproche du Kremlin et plus on se déshumanise ».

A.Politovskaia a bien compris que Poutine ne rêvait que de revenir à l’Union soviétique , et à se présenter comme le nouveau Staline. Seize ans après son assassinat  on ne peut  qu’être stupéfait de sa lucidité et de la connaissance profonde qu’elle avait de la société russe et de Poutine . Ce retour à Staline est ce que l’on constate aujourd’hui en Russie  ainsi que la volonté de restaurer l’empire soviétique .

Mais Poutine ne serait pas là où il est si la société russe était autre qu’elle ne l’est. Poutine n’est pas seul responsable .Elle souligne avec force  la responsabilité de la société russe .

Dans le livre qu’elle a consacré à l’élection de Poutine en 2004 –« Douloureuse Russie »- elle met en cause  la passivité , la lâcheté de la société russe :

« Personne n’a bougé quand Poutine a établi sa fameuse « verticale du pouvoir » . il n’y a eu ni manifestations , ni protestation de masse , ni actions de désobéissance civile. Le peuple a tout « avalé » et il a consenti à vivre .. … sans démocratie .Un chiffre est particulièrement parlant à cet égard. D’après une enquête d’opinion de l’institut d’études sociologiques « Visiom-A » à la question : «  Au cours des débats organisés à la télévision à l’occasion de la campagne électorale , les représentants  de quels partis vous ont semblé les plus convaincants ? » , 12 % des russes ont répondu : « Les représentants de Russie unie ». Or ceux-ci avaient refusé de prendre part à quelque débat télévisé que ce soit, arguant que « leurs actions parlaient pour eux » !

Parlant des fraudes dans les bureaux électoraux , parfaitement connus du peuple elle écrit : 

« Tout ce système ne peut exister que si le peuple se tait. C’est ce mutisme  de la population qui est le phénomène principal de la vie politique russe d’aujourd’hui… Le peuple russe est apathique , persuadé  que « la politique c’est sale » et que « le pouvoir fera toujours ce qu’il veut ». Les gens ne commencent à protester que lorsqu’ils sont personnellement victimes de l’arbitraire . Quand on leur prend leurs enfants par exemple. Mais si la même chose arrive à leurs voisins , ils ne bougent pas le petit doigt.. »

Elle enfonce le clou :

« Personnellement je suis assez choquée par tous ces gens qui ne commencent à réagir que lorsqu’ils sont frappés au porte-monnaie. Dans leur immense majorité , ces mêmes personnes  qui grondent aujourd’hui n’ont jamais rien fait pour défendre les autres. Elle ne se sont pas élevées contre la guerre en Tchetchénie qui emporte chaque année  des milliers d’innocents. Elles n’ont rien trouvé à redire à l’arrestation de Khodorkovski ( au contraire même , même la plus grande partie des Russes s’était alors réjouie de la mise au pas d’un « milliardaire juif ». …). Elles ont laissé passer des milliers de violations des droits les plus élémentaires sans daigner bouger le petit doigt.

 Ce peuple qui s’estime élu, ce peuple qui se dit « porteur de la vraie foi chrétienne » , ce peuple qui se gargarise de la puissance de son Etat ( c’est sur toute cette phraséologie que repose la politique de Poutine ) démontre jour après jour qu’il n’a pas de quoi se vanter. En vérité c’est un peuple petit-bourgeois , lâche et mesquin qui ne voit pas plus loin que ses propres intérêts . Est-ce la mentalité d’un « grand peuple » ? »

A.Politovskaia aimait la Russie mais elle n’avait aucune complaisance à l’égard de cette Russie dont elle avait bien compris pourquoi les choses n’y changeaient pas. Nous , occidentaux , on explique cette passivité ou cette adhésion au poutinisme par la propagande . Elle  n’ignore pas l’emprise de la propagande sur les esprits mais elle n’y voit pas là l’explication principale.

Le peuple russe consent ,accepte , supporte , refuse de savoir (quelques citations) :

« D’après de récents sondages, seuls 2% des Russes savent  ce qui est écrit dans notre charte fondamentale, 45% des citoyens estiment que le plus important , c’est l’affirmation du droit au travail, 6% seulement ont déclaré que la liberté de parole était quelque chose d’essentiel pour eux »

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« Triste année que celle qui s’achève.les élections législatives se sont soldées par un triomphe de l’absolutisme poutinien. Mais la Russie n’en-at-elle pas assez de bâtir des empires ? L’empire est synonyme de répressions, et , en fin de compte , de stagnation. C’est bel et bien ce qui se profile. Mais qui chez nous est prêt à s’y opposer ? Nos concitoyens , épuisés par toutes les expériences politico-économiques dont ils ont fait l’objet , aspirent ardemment à vivre mieux.. mais ils ne sont guère désireux de se battre pour cela. Ils attendent tout « d’en haut ». Et quand « d’en haut » ce sont des répressions qui s’abattent sur eux, les russes les acceptent sans broncher . Une blague circule sur Internet : «  Le soir tombe sur la Russie . Les nains ont des ombres immenses »

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Dans notre pays , plus rien ne dépend du peuple. Tout relève de la volonté de Poutine. Il incarne une sorte de supercentralisation du pouvoir tout en symbolisant la superfainéantise de la bureaucratie. Poutine a réanimé cette antique croyance qui date de l’époque des tsars : le maître viendra de la grande ville, il dira qui a tort et qui a raison . Et il faut bien admettre que cela plaît au peuple »

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« Notre société est malade. La majorité est atteinte d’une crise d’infantilisme. C’est pourquoi Poutine peut tout se permettre. C’est pourquoi Poutine est « possible » dans la Russie d’aujourd’hui »

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« La patience fantastique et inexplicable de notre peuple est e principal gage du succès de ce cauchemar nommé « Poutine ».

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« A la suite de la réélection de Poutine , en Ingouchie comme à Moscou, les médias ont été tout autant « nettoyés » que les structures politiques : par conséquent , la population ne peut pratiquement plus apprendre ce qui se passe en réalité . Le problème , c’est que la plupart des gens ne veulent pas se donner ce mal. Ils ne veulent rien savoir.. et ils ne savent rien ».

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« Cette attitude est typique des russes : ils préfèrent se cacher la tête dans le sable et ne surtout pas penser à l’avenir. Mais combien de temps pourront-ils encore se complaire  dans cet aveuglement volontaire ? Quelle catastrophe faudra-t-il pour qu’ils regardent la réalité en face ? »

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« L’une des raisons de la  profonde dépression dans laquelle le pays entier est plongé , c’est précisément ce cynisme sans bornes du pouvoir. Or les Russes sont ainsi faits qu’ils ne savent pas se battre contre le cynisme : au contraire , ils ont tendance à se renfermer , à se murer dans un silence maussade et à se laisser aller au fatalisme et à l’abattement » 

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« Le Conseil de la fédération a approuvé la loi sur la suppression de l’élection des gouverneurs au suffrage universel. Le pays se tait . Cela signifie qu’il n’a que ce qu’il mérite.

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« C’est notre éternel problème : nous savons ce qu’il faut entreprendre mais nous n’avons pas le courage de le faire. Nous sommes apathiques et mous, et toute la vie, nous attendons qu’un miracle nous tombe du ciel. »

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« .. chez nous le « citoyen » n’est rien, c’est un grain de poussière, un grain de sable, une graine de pavot, il n’a même pas le droit d’être protégé par son propre gouvernement » 

A propos de la société russe : 

« De façon générale , il n’y a pas d’élan de compassion ni de protestation sociale que les autorités soient obligées de prendre en compte. Bien au contraire la société pervertie réclame de nouveau du confort et du  calme au prix  de la vie d’autrui »

La Russie , « pays éternellement occupé à trouver des ennemis intérieurs responsable de tous ses malheurs »

« La Russie est ainsi faite : chez nous tout dépend du tsar , du chef , du sécrétaire général, de l’autorité suprême »

« .. en Russie les lois n’ont jamais pesé très lourd »

« Tel est notre pays : l’esclavage est notre fatalité. Mais aussi notre fétiche. Nous aimons être des esclaves. « La majorité écrasante » rêve de cela comme de la forme la plus commode de l’existence »

Les analyses d’A.Politovskaia sont confirmées par ce que l’on a pu observer lors de cette première année de guerre contre l’Ukraine.  Qu’en est-il exactement de ce peuple russe dont les sondages disent qu’il soutient majoritairement « l’opération spéciale » Poutine ? Conséquences du lavage de cerveau pratiqué quotidiennement par la télévision russe ? Refus d’en savoir plus ? Refus d’être confronté à la réalité ? Indifférence ? …..( Lire le  livre d’Anne Nivat « Un continent derrière Poutine ? » qui apporte des témoignages fort intéressants pour saisir la complexité de la situation).

Les russes n’ont-ils rien appris des guerres en Tchétchénie , d’une violence inouïe  ( j’avoue avoir eu parfois quelques difficultés à lire les cruautés de toute nature qui ont eu lieu dans ce pays martyr ) ?

La guerre contre l’Ukraine aurait été de même nature si les Etats-Unis et l’Union européenne n’avaient pas réussi à s’entendre pour aider l’Ukraine à résister .

Les ouvrages d’A .Politovskaia  sont une vraie radiographie de la société russe : justice, douma, exercice du pouvoir, partis politiques, vie politique, FSB, histoire   etc.. c’est la société russe  qui  prend corps au fil des pages. Pour avoir couvert les guerres en Tchétchénie , elle était devenue une très bonne spécialiste de l’armée russe. De l’avoir lue je n’ai pas été surpris une seule fois de tout ce que j’ai pu apprendre des  agissements de cette armée en Ukraine. Cette armée n’a pas changé pendant les 20 dernières  années. Sans doute même  s’est-elle dégradée  à la suite de ces sales guerres  , dans la mesure où les exactions commises n’ont été que très rarement punies. La corruption, l’alcoolisme, l’indiscipline mais surtout la violence structurelle de cette armée  en sont les tares principales .

Ce que l’on découvre c’est que le soldat n’est rien , que les officiers peuvent les traiter comme des esclaves en toute impunité. C’est une armée qui n’a aucun compte à rendre au pouvoir civil. Dans cette armée la mortalité des jeunes soldats pour cause de mauvais traitement est importante . A.Politovskaia en rapporte certaines qui sont l’expression de l’inhumanité qui règne dans cette armée, dans les rapports entre les officiers et les soldats et les soldats eux-mêmes. Elle a pu voir les exactions commises par cette armée russe et a manqué elle-même en être victime . Viols, exécutions sommaires, tortures ( on scalpe, on coupe le nez etc…), tout ce qui s’est reproduit en Ukraine  , commises dans une impunité quasi-totale.

Parmi les pratiques  inhumaines il y a les zatchistka :

« A l’origine la  zatchistka  n’était qu’un contrôle de passeports dans les villes et les villages tchétchènes..

La pays entendit ce mot pour la première fois à la télévision dans la bouche d’un général interviewé sur l’opération militaire en Tchétchénie : «  Nous avons réalisé une zatchistka à Alkhan – Yourt au cours de laquelle plusieurs bandits ont été arrêtés ».  Mais bientôt un flot ininterrompu de téléviseurs  , de VHS , de tapis et de bijoux en or afflua de Tchétchénie  vers les familles de militaires.. Le pays comprit que le but principal des atchistka n’était pas de contrôler les passeports mais d’amasser un butin de guerre. La plupart de nos concitoyens perçurent ce triste phénomène comme une chose normale . A leurs yeux cela faisait partie de la punition collective infligée aux Tchétchènes pour leurs péchés . Ainsi le mot zatchistka entra-t-il dans le lexique ordinaire , pour dire un « vol légitime » ou un « pogrom motivé »

« Pogrom motivé » : les livres d’AP sont remplis d’exemples de ces pogroms d’une violence inouïe . Commis en toute impunité .

Permettons-nous un rapprochement avec ce que l’on a pu apprendre lors des premières semaines de la guerre en Ukraine : Boutcha…. .  Mêmes pratiques , viols , vol( , frigo etc.. emportés en Russie …) En  Russie la tradition existe même dans ce domaine !

Elle  écrit :

« Les sociologues font le constat que la guerre provoque une dégénérescence . Mais cela va trop vite. C’est un blietzkrieg de la dégénérescence . Plus la guerre dure , avec ce slogan inqualifiable qui dit que « tout est permis » , et plus la dégradation de milliers de nouveaux conscrits est rapide. J’ai souvent dû reculer devant l’horreur : les soldats n’étaient pas capables d’expliquer leurs actes ! Lorsqu’ils essaient , ils se contentent de témoigner , la plupart du temps, d’une déchéance due à une guerre dont la logique a depuis longtemps été oubliée par ceux-là mêmes qui l’ont déclenchée. Cette guerre ( définie par l’expression fétiche de Poutine , « opération antiterroriste » , qui énerve tout le monde et fait plutôt sourire  ceux qui se trouvent dan le bourbier tchétchène) n’a pas d’objectif clairs. Dans ce conflit l’unique objectif de tout un chacun est de survivre par tous les moyens, c’est pourquoi tous sont moralement faibles devant une tuerie inique , incontrôlée, où l’arbitraire tient lieu de loi. Sans réfléchir ni se soucier  d’une punition, les soldats appliquent à la population  civile les méthodes les plus  violentes et les plus barbares. Une guerre pareille efface entièrement dans les cœurs de ces hommes jeunes et facilement influençables toute trace de ce qu’ils auraient  pu lire jadis dans de bons livres et voir dans de bons films. En revanche , après une telle « orgie » de cruauté gratuite , ces soldats conserveront , ancrées en eux , une incapacité totale à se mettre à la place de l’autre , une indifférence froide aux souffrances d’autrui et une haine tenace »

Ajoutons que rien n’est prévu pour le retour de ce soldats devenus de véritables assassins.

Ce texte parle de la Tchétchénie . Il pourrait avoir été écrit pour la guerre en Ukraine.

Il faut lire  A.Politovskaia pour comprendre la Russie   de la guerre en Ukraine. La lire  pour comprendre ce que l’on entend à la télévision russe . La lire pour comprendre que la Russie d’aujourd’hui est pire sans doute que celle d’il y a 20 ans    parce que tous ces soldats  qui ont fait les guerres en Tchétchénie , qui ont commis les pires atrocités, ont violé, torturé , volé, détruit , sont des membres de cette société .Pour comprendre comment Prigogine ,ce criminel, peut construire à Saint-Pétersbourg une tour   avec des bureaux très modernes pour traiter ses affaires .Pour comprendre que les milices composées de repris de justice , de criminels de toute nature  sont une bonne partie des forces « militaires » de l’armée de Poutine.

La Russie de Poutine n’est plus une société  et n’est plus un Etat .

Poutine n’est pas un homme politique .

On comprend que la seule voie de « salut » pour la Russie est celle que l’on a imposée à l’Allemagne nazie : après la défaite   un procès et la nécessité pour les allemands de se regarder en face et de s’interroger sur leurs actes .

Pour qui souhaite que l’Histoire ne se répète pas indéfiniment , il faut que la Justice passe  et qu’elle ne soit pas la Justice du plus fort mais la justice au service  de l’humanité .

Il faut donc suivre et défendre l’initiative d’un tribunal pour juger Poutine  et toutes celles et tous ceux qui ont participé à son entreprise criminelle.

Il faut que le peuple russe soit contraint de s’interroger sur sa passivité , son adhésion à la politique de Poutine.

Et il faut tout faire pour que l’Ukraine gagne cette guerre.

On ne peut qu’être désolé qu’en Europe certains hésitent à  condamner les agissements de Poutine ( parce qu’ils détestent les Etats-Unis…)ou  prennent ouvertement parti pour Poutine. On éprouve une sorte d’écoeurement  d’apprendre que des hommes politiques et des artistes ont été -ou sont toujours – insensibles au fait que Poutine  est un maffieux, un assassin, un corrompu  , et profitent de ses largesses ou font son apologie.

Tout cela rappelle une histoire pas si lointaine …

 Je ne remercierai jamais assez  A.Politovskaia d’avoir eu le courage d’affronter le pire pour défendre l’humanité en l’homme. Et d’avoir pris le temps d’écrire ces livres qui resteront parmi les témoignages les plus importants sur un moment de l’histoire de la Russie.

Elle est pour moi la preuve qu’être russe n’est pas synonyme d’être un complice de Poutine voire plus.

Elle sauve l’honneur de la Russie.

Cosmopolites, enfin ?

 Les conséquences de la guerre menée par la Russie à l’Ukraine  affectent le monde entier et démontrent une fois de plus  que tous les pays du monde sont liés les uns aux autres, sont dépendants les uns des autres . Un délinquant psychopathe – ne parlons pas de chef d’Etat , Poutine est un chef de gang ,le parrain d’une maffia qui a volé son pays, traite les russes comme un troupeau , enferme  à tour de bras les récalcitrants , les résistants à ses mensonges, tue s’il le faut  – a créé un désordre mondial dont le monde précisément mettra des années  à se remettre ,dont on est incapable de mesurer les effets à moyen et long terme .

Le vingtième siècle a connu quelques psychopathes notoires , criminels  de masse ( Hitler, Staline ,  Mao pour ne citer que  ces trois-là), et l’on pouvait espérer qu’on en avait fini . Il n’en est rien .  Bachar El Assad, autre psychopathe et criminel de masse  notoire a ouvert le bal du vingt-et-unième siècle , et, comme il est toujours en vie grâce à son complice Poutine, ce dernier a dû se dire qu’il pouvait , avec tout son arsenal nucléaire , faire mieux que Bachar. A crapule crapule et demie.

La guerre n’est pas la continuation de la politique , elle en est la négation . La politique n’est autre  que la méthode qui vise à faire vivre ensemble des êtres humains . C’est d’une façon totalement arbitraire que certains ont voulu fonder l’Etat sur le principe ami-ennemi . Dans un petit livre passionnant , stimulant ,intitulé «  Quand l’Histoire commence » ,Bertrand Badie démolit cette théorie . La violence , la négation de l’Autre , ne sont pas au cœur des relations humaines. Rien ne permet d’ affirmer de façon catégorique  que l’Autre est soit un ami , soit un ennemi. Cette schématisation des relations humaines – et évitons de faire de l’Etat ou de la Nation des entités réelles  alors qu’ils ne sont qu’une des manières de penser la réalité- tourne le dos à leur complexité .

Poutine n’est pas un homme politique , c’est un délinquant doublé d’un psychopathe .On peut espérer  qu’il finira là où il devrait finir, devant la Cour pénale internationale ( où il pourrait jouer aux cartes avec Mladic et Karadzic, deux autres malades ), ou, à défaut ,que quelqu’un se chargera de l’éliminer . On aimerait que ce soit le peuple russe  qui se débrasse de son tyran .

Terminons d’ailleurs sur cette conviction : tant que  des individus , des peuples  accepteront de se soumettre à des tyrans   ou réaliseront à travers leur tyran des désirs malsains, rien ne changera vraiment.

Sur ce sujet La Boétie a dit l’essentiel. Il ne pouvait pas imaginer que  les tyrans ont  des moyens hors de proportion avec ceux qu’il a pu connaître et que la question est précisément de savoir comment se débarrasser d’un tyran qui n’hésite pas à liquider la moitié de sa population s’il le faut pour rester au pouvoir.

La vraie question est bien de savoir comment faire que les êtres qui sont sensés nous permettre de vivre en paix les uns avec les autres ne soient pas ceux  qui nous tyranniseront et nous mettront sans arrêt dans l’insécurité, dévoyant la politique

 Avez-vous enfin compris pourquoi la politique , aujourd’hui plus que jamais doit être une cosmopolitique ?

Choisir le cosmopolitisme

Le cosmopolite dit ce que Diogène le cynique a exprimé d’une façon lapidaire . A quelqu’un qui lui demandait d’où il venait il répondit « Je suis citoyen du monde ». Pas citoyen de telle ou telle cité , citoyen du monde.

Il n’est pas le seul dans ces 6ème et 5ème siècles avant J- C, en Grèce , à affirmer que l’être humain ne se définit pas par son appartenance à une cité-état . ( voir l’excellent livre de P.Coulmas « Les citoyens du monde . Histoire du cosmopolitisme »).  Ce refus de se définir par son appartenance politique , sa nationalité dirions-nous aujourd’hui , son appartenance à un Etat ,etc.. est le fil rouge du cosmopolitisme. L’être humain n’appartient à personne, n’appartient à aucune cité, à aucune nation. Ce qui fait sa grandeur. Il y a en l’être humain  de quoi rapprocher les êtres humains et non pas seulement de quoi les opposer . Une « identité » commune serions-nous tentés de dire, si ce mot ne faisait pas courir le risque de traiter les hommes comme des choses, alors qu’ils ne le sont pas, que ce qu’ils sont se dérobe indéfiniment  à  qui veut le  connaître , une identité qui est comme un puits sans fond .  Le soi-même ( l’ipséïté) est ce qu’on ne connaît  jamais, la fréquentation du monde et des autres ne cesse d’en révéler les frontières indécises , fluctuantes, incohérentes .

Etre cosmopolite c’est refuser toute assignation . C’est garder à l’égard de soi, en tant que membre d’une communauté cette distance qui permet à tout autre de trouver une place, d’exister .

Mais ça serait faire preuve d’infantilisme que de croire qu’il suffit de  refuser toute assignation , toute identité déclarée pour que celles-ci disparaissent.

Ma carte d’identité dit que je suis masculin, que je suis né dans tel pays, telle ville, telle année , tel jour, et ma vie a laissé des traces diverses  qui permettraient d’écrire une biographie .Faire comme si j’étais un pur esprit , qui se consacre à la spéculation permanente , à la lecture, aux arts, à la fréquentation des autres dans leurs œuvres , à la contemplation est du  pur infantilisme.

Etre cosmopolite  c’est refuser un monde  où l’étranger est considéré comme un ennemi, où l’on est incapable de se considérer soi-même comme étranger pour les autres. L’étrangeté ( l’étrangèreté )désigne la singularité d’un être . L’étranger , cet autre moi qui pourrait être moi, que je ne suis pas,  est une  invitation à m’interroger sur moi-même, à prendre conscience de l’étranger que je suis pour moi-même,  à questionner le sens de cette pluralité. Tuer l’autre est toujours se tuer soi.

 Etre cosmopolite  c’est travailler à faire que ce monde-là où l’étranger est mon semblable , soit possible , où la singularité soit respectée.

H.Arendt parlait de la pluralité et de la nécessité de la reconnaître comme donnée . La tentation permanente des Etats est de nier cette pluralité, de sommer les citoyens de marcher au pas, de les regrouper sous des drapeaux, de leur coller un uniforme .

Etre cosmopolite c’est être citoyen du monde c’est-à-dire être celui pour qui le monde  ne peut résulter que de la possibilité pour chacun de participer avec tout autre à ce qu’il existe.

Etre citoyen du monde c’est reconnaître à tout autre cette même citoyenneté, c’est la vouloir .

Comme l’a si bien dit Etienne Tassin , le cosmopolitisme est une cosmopolitique, une politique qui s’oppose à tout ce qui empêche les étrangers que nous sommes  toutes et tous les un-e-s pour les autres de faire exister un monde .

 .

L

 .

Vanessa NAKATE

Vanessa  NAKATE

Tandis qu’une certaine jeunesse exsude sa médiocrité et sa haine dans les meetings de Zemour, ce clown sinistre , cet étron dont on espère qu’il finira là où tout étron doit finir, dans  la cuvette des toilettes de l’Histoire, il y a une autre jeunesse   qui incarne le combat véritable  pour la survie d’une humanité qui  n’ait pas le visage grimaçant  de l’absence de pensée. Aujourd’hui cette jeunesse a le visage de cette jeune femme ougandaise que j’ai écoutée avec émotion dans les 28 minutes d’Arte il y a  peu  ,Vanessa NAKATE.et dont j’ai commandé le livre le lendemain même de l’émission. Elle incarne la vie quand les autres  , sous leur apparente vitalité , sont la mort en marche.

Magnifique témoignage d’une jeune femme qui , voulant mettre à profit les quelques mois dont elle dispose à la fin de ses études supérieures et la remise de son diplôme pour se « mettre au service de la société », va trouver sa voie  ( titre du premier chapitre), celle d’une militante pour une cause  dont elle perçoit l’urgence et qu’elle choisira d’appeler « l’urgence climatique » .

Le militantisme a des ressorts difficiles à comprendre. Il n’est pas , en soi, un bien . On peut militer pour des causes mortifères. La haine comme l’amour  de l’Autre peuvent le nourrir . C’est l’amour des êtres humains qui nourrit le militantisme de  Vanessa . La foi qui l’anime  et qui l’aide à tenir quand elle doit affronter difficultés de tout ordre, déception, désespoir, n’est pas celle dans un Dieu   mû par la haine des êtres humains. De cette foi elle écrit : « Ma foi est comme un guide qui m’aide à tenir bon dans les épreuves et m’insuffle la force d’aimer chaque personne- grâce à quoi j’ai pu continuer à m’exprimer au nom de ces millions de gens qui, en Ouganda et partout dans le monde, subissent de plein fouet la crise climatique »

On découvrira l’importance de ses parents qui  , bien que surpris par ses engagements , et quelque peu anxieux , la suivent , la soutiennent . Celle de ses frères et sœurs qui l’accompagnent .D’ami-e-s et , en particulier , de personnes qu’elle admire  C’est qu’on ne peut  mener un tel combat seule !

Chapitre après chapitre on découvrira un parcours où les difficultés renforcent sa combativité et sa résistance , où il lui faudra apprendre , comprendre , faire preuve de lucidité et d’humilité , ce qui , pourtant ne l’empêche pas d’affirmer : «  nous avons le devoir de sauver le monde . Nous avons le devoir de le changer et de nous changer nous-mêmes. Il n’est pas trop tard ».

Il faut lire ce livre pour se convaincre qu’il y a d’innombrables jeunes ( et moins jeunes) qui aiment le monde , aiment les êtres humains , aiment la vie et en découvrent la  « substantifique moëlle »  dans ce désir puissant qui les porte à se battre pour elle , à la défendre .

Vanessa  NAKATE

Tandis qu’une certaine jeunesse exsude sa médiocrité et sa haine dans les meetings de Zemour, ce clown sinistre , cet étron dont on espère qu’il finira là où tout étron doit finir, dans  la cuvette des toilettes de l’Histoire, il y a une autre jeunesse   qui incarne le combat véritable  pour la survie d’une humanité qui  n’ait pas le visage grimaçant  de l’absence de pensée. Aujourd’hui cette jeunesse a le visage de cette jeune femme ougandaise que j’ai écoutée avec émotion dans les 28 minutes d’Arte il y a  peu  ,Vanessa NAKATE.et dont j’ai commandé le livre le lendemain même de l’émission. Elle incarne la vie quand les autres  , sous leur apparente vitalité , sont la mort en marche.

Magnifique témoignage d’une jeune femme qui , voulant mettre à profit les quelques mois dont elle dispose à la fin de ses études supérieures et la remise de son diplôme pour se « mettre au service de la société », va trouver sa voie  ( titre du premier chapitre), celle d’une militante pour une cause  dont elle perçoit l’urgence et qu’elle choisira d’appeler « l’urgence climatique » .

Le militantisme a des ressorts difficiles à comprendre. Il n’est pas , en soi, un bien . On peut militer pour des causes mortifères. La haine comme l’amour  de l’Autre peuvent le nourrir . C’est l’amour des êtres humains qui nourrit le militantisme de  Vanessa . La foi qui l’anime  et qui l’aide à tenir quand elle doit affronter difficultés de tout ordre, déception, désespoir, n’est pas celle dans un Dieu   mû par la haine des êtres humains. De cette foi elle écrit : « Ma foi est comme un guide qui m’aide à tenir bon dans les épreuves et m’insuffle la force d’aimer chaque personne- grâce à quoi j’ai pu continuer à m’exprimer au nom de ces millions de gens qui, en Ouganda et partout dans le monde, subissent de plein fouet la crise climatique »

On découvrira l’importance de ses parents qui  , bien que surpris par ses engagements , et quelque peu anxieux , la suivent , la soutiennent . Celle de ses frères et sœurs qui l’accompagnent .D’ami-e-s et , en particulier , de personnes qu’elle admire  C’est qu’on ne peut  mener un tel combat seule !

Chapitre après chapitre on découvrira un parcours où les difficultés renforcent sa combativité et sa résistance , où il lui faudra apprendre , comprendre , faire preuve de lucidité et d’humilité , ce qui , pourtant ne l’empêche pas d’affirmer : «  nous avons le devoir de sauver le monde . Nous avons le devoir de le changer et de nous changer nous-mêmes. Il n’est pas trop tard ».

Il faut lire ce livre pour se convaincre qu’il y a d’innombrables jeunes ( et moins jeunes) qui aiment le monde , aiment les êtres humains , aiment la vie et en découvrent la  « substantifique moëlle »  dans ce désir puissant qui les porte à se battre pour elle , à la défendre .

« MOI,CITOYEN »de Grégoire FRATY

Sur la quatrième de couverture il est écrit

« Grégoire Fraty a 32 ans, il vit en Normandie et travaille dans la formation professionnelle. Il est l’un des 150 citoyens qui ont participé à la Convention Citoyenne pour le Climat entre 2019 et 2021 »

 Disons-le d’emblée : j’ignore si d’autres livres ont été écrits par des participants  à la Convention, si d’autres seront écrits , mais  celui-ci me convaint qu’il  serait souhaitable que l’on disposât d’autres témoignages . Pourquoi ? Parce que l’expérience que relate Grégoire Fraty , dans un style accessible à tous , limpide et vivant, est d’une telle richesse que l’on souhaiterait que  sa richesse s’accroisse des témoignages de toutes celles et de tous ceux qui ont accepté de participer à cette Convention .

Il n’est pas dans mon intention de résumer cet ouvrage Je l’ai lu pour la raison suivante : je travaille sur la notion de citoyenneté  dans le cadre d’une réflexion sur le cosmopolitisme , sur la citoyenneté cosmopolite  , sa possibilité  , et sur la citoyenneté tout court . Ma réflexion se nourrit des ouvrages d’Etienne TASSIN dont la pensée s’est construite dans un dialogue ininterrompu avec l’œuvre d’H.Arendt Je travaille , à l’heure actuelle, à en tirer la « substantifique moëlle ». Et je tenais à mettre à l’épreuve certaines idées développées  par Etienne TASSIN.

Avant de formuler quelques idées en rapport avec ce thème de la citoyenneté, quelques remarques.

C’est un livre qu’il faut lire parce qu’une telle expérience de la citoyenneté  , sur un sujet d’une telle importance, dans les conditions d’organisation décrites, les moyens mis à disposition des 150 citoyens , n’a sans doute jamais eu lieu , ou, si de telles expériences ont pu exister , elles ont été rares  . Je n’ignore pas que des municipalités ont cherché à développer la démocratie participative- expériences qui mériteraient d’être plus connues (voir entre autres « Le coup d’état citoyen » d’E LEWWIS  et R.SLITINE) -mais il s’agit principalement d’une participation citoyenne portant sur des sujets limités dans leur extension géographique . Ici il s’agit d’une Convention où les participants doivent réfléchir sur des thèmes  dans l’optique de faire des propositions qui concernent la France , et non pas telle ou telle municipalité , éventuellement telle ou telle région . Le citoyen est invité à se « mettre à la place » des ministres ou du chef de l’Etat

C’est une expérience de longue durée (octobre 2019 à février 2021)qui nous est relatée, qui a demandé à des gens ordinaires (le livre expose la façon dont a été constitué ce groupe de 150 citoyens) , volontaires, de consacrer beaucoup de temps, d’énergie , de patience etc ..à ce travail , de changer leur vie quotidienne, leur vie familiale , bref de s’investir dans une aventure risquée , dans le sens où elle pouvait n’avoir aucune réelle importance au plan  politique , n’être , au fond, qu’une ruse de plus du pouvoir pour  se sortir d’une mauvaise passe.

Dans cette histoire on trouvera tout ce que l’on pouvait s’attendre à trouver quand des gens qui ne se connaissent pas , de métiers, compétences, opinions politiques âges  ..différents sont amenés à travailler ensemble. Bien que chacune et chacun aient choisi de faire partie de ce groupe, les motivations ne sont pas les mêmes, les personnalités non plus.

On apprendra également que ces 150 citoyennes/citoyens ont rencontré d’innombrables experts, quelques hommes et femmes  politiques , des personnalités médiatiques etc..

Bref on trouvera de quoi se faire une   idée précise  de ce que fut cette Convention.

 Mais , comme je l’ai dit plus haut , je n’ai pas lu ce livre avec le seul souci d’en savoir plus sur cette Convention que ce que j’en avais appris par les journaux. Je voulais confronter le récit avec des analyses philosophiques sur la citoyenneté , la politique , le pouvoir etc…

La première réflexion que j’ai été amené à me faire est que la composition de ce groupe était une assez bonne illustration de ce que H.Arendt appelle la pluralité , qu’elle considère  comme ce qui définit la condition politique des êtres humains.  Ce concept  qu’il ne faut pas confondre avec celui de multiplicité , est au fondement même de toute sa réflexion sur la condition de l’être humain et il résulte de son analyse des systèmes totalitaires . Je le développerai ailleurs.

La seconde réflexion concerne l’usage  que fait G. Fraty du terme politique . Il ne se considère pas comme faisant de la politique , il parle de certains conventionnels qui ont décidé de se lancer dans la politique , d’autres dans l’associatif etc. . En d’autres termes il ne considère pas qu’il a fait de la politique , parce que pour lui  la politique concerne des « professionnels » de la politique , les gens au « pouvoir », les députés, maires , etc etc.. Qu’a-t-il donc fait ?Qu’ont-ils donc fait ?

Que fait un citoyen quand, avec d’autres , il parle pour agir , parle de ce qui concerne l’intérêt commun, pour agir pour ce qu’on appelle communément le « bien commun » ?

La démocratie représentative a tellement dépossédé  le citoyen « lambda » ( dixit G . Fraty), que ce citoyen , lorsqu’il n’est jamais autant citoyen que lorsqu’il pense à ce qui concerne l’ensemble des français , juge qu’il ne fait pas de la politique .

C’est précisément cette idée qu’Etienne TASSIN, avec H.Arendt rejette . La parole et l’action orientées dans le sens de l’intérêt commun, dans le sens du « commun », c’est précisément ça , faire de la politique et non pas lutter pour s’emparer du pouvoir . Car le pouvoir se trouve du côté de la pluralité dès lors où cette pluralité agit et parle . Le pouvoir est du côté de « l’agir pluriel »

Le concept de « politique »  est à tel point dévoyé  que même une personne faisant , pour une fois, vraiment , de la politique , ne voit pas qu’elle en fait.

Et le livre permet de se faire une idée de cette fausse conception de la politique , largement défendue par des femmes ou hommes politiques .Au hasard des rencontres avec des femmes et hommes politiques, on apprend que bien des femmes ou hommes politiques dénigrent la Convention . Incompétence et illégitimité  sont deux idées qui  reviennent.

Or les 150 ont pu rencontrer des dizaines et des dizaines d’experts, de très hauts niveaux , ce qui, comme le dit G. Fratry , a fait d’elles et d’eux des gens bien supérieurs en compétence à nombre de « politiques » . Illégitimité ? Oui ils ne sont pas élus , mais est-ce que l’élection est le fondement de la légitimité ? G.Fratry n’interroge pas cette notion , mais qui lira son livre comprendra que  l’élection , qu’il ne remet pas en cause, est bien loin de suffire à faire que le pouvoir d’un individu soit légitime.

En réalité on découvre que la démocratie représentative a perverti l’esprit même de la démocratie et que , pour beaucoup de « politiques » la souveraineté du peuple  est une aimable plaisanterie . Le peuple , c’est eux.

Mais ce qui m’a le plus touché , sans aucun doute , c’est cette idée , largement développée dans la fin du livre , que cette expérience avait profondément changé les 150 au point qu’ils se sont retrouvés au sein d’une association « les150.fr », pour prolonger  leur expérience , c’est-à-dire continuer à faire vivre  cette nouvelle vie qu’ils avaient expérimentée.

La conclusion commence par cette petite phrase :

« Je sors de cet exercice transformé .

Je ne suis plus le citoyen lambda tiré au sort il y a un an. Je suis quelqu’un d’averti, qui maîtrise les enjeux climatiques , la démocratie participative, les médias, le monde de la politique, le poids des lobbys et l’investissement citoyen. L’année  écoulée m’aura permis de grandir , d’évoluer , de changer.
Je porte quelque chose de différent aujourd’hui, des convictions, des ambitions , des valeurs. Je maîtrise la question climatique , car j’ai des connaissances sur le sujet et que j’ai pu me forger un avis. Je sais ce que je pense et pourquoi je le pense »

Bien d’autres passages  vont dans le même   sens.

Dans le livre d’Etienne TASSIN « Pour quoi agissons-nous ? » nous trouvons en introduction ces phrases qui font écho , d’une façon évidente à ce qu’écrit G.Fraty :

« Avant d’être une vie militante, la vie politique est une vie d’engagements ordinaires et collectifs . Ces engagements n’ont nul besoin d’être entiers, constants , héroïques : ils ne sont pas réservés aux glorieux combattants de la liberté, de l’égalité ou de la justice. On n’est pas citoyen par vocation : on l’est, le plus souvent , par occasion. Il arrive un jour par hasard que nous agissons pour telle cause en telles circonstances avec tels autres pour des raisons inattendues, et cela suffit à faire de nous un citoyen – ce jour-là.

Appelons citoyenneté non pas la mobilisation permanente d’une vie entièrement investie dans la chose publique par une dévotion militante, pas non plus cette abstraction juridique qui m’autorise à déposer ma voix dans une urne et à me désintéresser d’elle pendant les cinq années qui suivent , mais, entre les deux, le titre virtuel et fragile que j’acquiers pour avoir agi ici et maintenant avec d’autres en un combat aléatoire et souvent vain, mais honorable et aux enjeux communs, qui m’a fait naître à moi-même et aux autres d’une manière imprévisible et m’a donné , un moment, parfois très court, une vie dévouée à autre chose qu’à elle-même.

En ces moments d’action plurielle où à l’effervescence d’un combat partagé se mêlent les tracas de l’intendance , les manœuvres jouées ou subies, les tentatives d’organisation et les déboires de la division, les efforts qu’on fait pour convaincre et ceux qu’on fait pour se plier, de courtes joies intenses et de longues heures inoubliables , on a éprouvé quelque chose comme une égalité de statut et de conditions avec les autres acteurs , comme une liberté gagnée dans l’adversité , comme une singularité d’être , forgée au contact de celles et de ceux qui, comme nous , se distinguaient d’eux-mêmes et des autres. On a éprouvé une solidarité de combat , aussi convenues qu’aient été nos affaires. Et ce fut pour nous comme autant de secondes naissances : de chacun de nous, de notre communauté active, de notre monde ainsi composé des tensions et des luttes partagées.

Il  a fallu pour cela que nous agissions, que nous agissions ensemble , même au sein de conflits pénibles ; que nous soyons pour ainsi dire communément portés par cette action plutôt que porteur d’elle .En retour nous avons appris  d’elle qui nous sommes ou qui nous pouvions être , ne serait-ce qu’en de précaires instants , chacun et ensemble. Là nous sûmes quel pourrait être notre monde(…..)

En réalité , c’est le monde quotidien, celui de chacun et de tous, mais soudainement vu autrement , selon d’autres solidarités , car ce monde né de nos actions reste enté sur celui de nos vies ordinaires : il est simplement enrichi , plus dense, plus signifiant , plus beau. Et plus humain. Il a acquis un sens spécial , celui que confère l’agir ensemble d’une pluralité d’acteurs qui se découvrent égaux et libres en cette occasion » ( pages 5 et 6 )

Résister

Résister

Dans « Le Monde «  du 22 avril je lis la chronique de Sylvie Kaufmann

« Le flou troublant des lignes rouges »

Le flou des lignes rouges est celui  des valeurs que l’on invoque face à des pouvoirs autoritaires  ou à de véritables dictatures sans qu’elles soient suivis d’actes significatifs :

« Où se situe cette « ligne rouge » dont M.Macron dit qu’il faut à tout prix la respecter ? Lorsque M.Biden avertit le Kremlin qu’il s’expose à des « conséquences » si Alexei Navalny vient à mourir , de quoi parle-t-il ? Quand la chancelière allemande , Angela Merkel, « s’inquiète » pour la santé de Navalny tout en maintenant qu’il n’est pas question de toucher au gazoduc Nord Stream 2 que propose-t-elle ?

Face à la montée de régimes autoritaires modernes dont le modèle a évolué , comme celui de la Chine, ce manque de clarté affaiblit inévitablement le modèle démocratique »

Dans cette situation quelques individus  « ne vacillent pas , pourtant » écrit-elle . Et de citer à titre d’exemples Jimmy Lai ,  le milliardaire de Hong-Kong, et Navalny . Mais il faudrait parler  des biélorusses qui continuent de résister , des birmans -la liste serait longue- et de tous les anonymes dont on ne connaîtra jamais les noms et qui n’ont jamais cédé à la peur .

Dans un texte qui a servi d’introduction à un colloque intitulé « Syrie : à la recherche d’un monde », colloque tenu les 14 et 15 décembre 2017 à l’Université Paris Diderot  (texte reproduit dans la revue TUMULTES  n° 55), Etienne Tassin cite un passage du livre de Françoise Proust « De la résistance » :

« Résister ne veut pas dire ne pas être faible , mais ne jamais consentir à sa faiblesse et à son impuissance. Ne jamais consentir, ne jamais accepter. On peut être vaincu. Nombre de résistances admirables l’ont été, mais il importe de ne pas s’avouer vaincu, de ne pas passer dans le camp des vainqueurs, de ne pas reconnaître aux vainqueurs leur victoire, ce qui au fond entérinerait la figure du pouvoir et la figure du destin ».

Lui-même écrit :

« Il est d’usage d’imaginer que la résistance est une réaction à une force exercée , que la résistance est réactive. En réalité , je voudrais mettre en évidence que cette représentation de la résistance est trompeuse parce que la résistance est productive et positive de quelque chose. » Puis il prend l’exemple de la résistance électrique  et poursuit : « .. je crois que dans la résistance justement tout n’est pas simplement là, dans le fait d’opposer une force à une force ou d’opposer un pouvoir à un autre pouvoir.Il me semble que dans la résistance il s’agit d’opposer une puissance d’être et d’agir à un pouvoir de contraindre. Au fond toute résistance est une résistance à la domination , pas au sens où on va lui opposer un autre dispositif de domination, mais au sens de la résistance déplace le rapport domination/soumission vers autre chose , c’est-à-dire peut-être vers un refus de dominer autant que vers un refus d’être dominé. Il y a peut-être quelque chose dans la résistance d’un refus de la domination comme posture »

En ce sens la résistance rejoint la révolte   dans le refus, le fait de dire non, et dans le fait qu’elles refusent d’utiliser les moyens de la domination , c’est-à-dire la violence. Il faut citer le début du chapitre 1 de « L’homme révolté » d’A.Camus :

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse , il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave , qui a reçu des ordres toute sa vie , juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce « non » ?

Il signifie, par exemple , «  les choses ont trop duré », jusque-là, oui, au-delà non », « vous allez trop loin » et encore, «  il y a une limite que vous ne dépasserez pas ». En somme, ce non affirme l’existence d’une frontière. On retrouve la même idée de limite dans ce sentiment du révolté que l’autre « exagère », qu’il étend son droit au-delà d’une frontière à partir de laquelle un autre droit lui fait face et le limite. Ainsi le mouvement de révolte s’appuie, en même temps, sur le refus catégorique d’une intrusion jugée intolérable et sur la certitude confuse d’un bon droit , plus exactement l’impression, chez le révolté , qu’il est « en droit de.. ». La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi-même , en quelque façon , et quelque part, raison .C’est en cela que l’esclave révolté dit à la fois oui et non. Il affirme en même temps que la frontière, tout ce qu’il soupçonne et veut préserver en deçà de la frontière. Il démontre, avec entêtement, qu’il y a en lui quelque chose qui « vaut la peine de… » ,qui demande qu’on y prenne garde . D’une certaine manière il oppose àl’ordre  qui l’opprime  une sorte de droit à ne pas être opprimé au-delà de  ce qu’il peut permettre.

En même temps que la répulsion à l’égard de l’intrus, il y a dans toute révolte une adhésion entière et instantanée de l’homme à une certaine part de lui-même ».

C’est cette part de lui-même que le résistant comme le révolté vont chercher à sauver  cette part que que l’on appelle la liberté ou la dignité.

Qu’on ne s’y trompe pas pourtant : la résistance n’a pas que de bonnes raisons d’être ! Il faut sans arrêt s’interroger sur ce qui nourrit la résistance . Loukachenko résiste aux contestations d’une grande majorité du peuple biélorusse  , il résiste aux condamnations d’Etats de l’Union européenne , mais il résiste pour de très mauvais raisons : se maintenir au pouvoir coûte que coûte . En soi cette résistance n’est pas nécessairement négative, on peut se dire que le pouvoir est garant  de l’ordre, que la révolte est dangereuse, injustifiée. Mais  dans le cas de la Biélorussie , on a volé au peuple sa parole dans des élections truquées. En ce sens la résistance de Loukachenko est celle  d’un homme qui ne reconnaît pas sa défaite et qui refuse d’accepter le jeu de la démocratie . Celle- si l’on se reporte au passé de cet homme – d’un homme qui aujourd’hui montre son vrai visage : celui d’une crapule qui ne vise que son intérêt personnel et  , bien évidemment , de  l’intérêt des crapules qui résistent à ses côtés.

C’est pourquoi la résistance du peuple biélorusse a une tout autre signification que celle de Loukachenko et de ceux qui se rangent de son côté ( dont , bien évidemment , l’autre crapule, Poutine).

Et c’est pourquoi il est important de prendre en compte la méthode : le peuple biélorusse ne répond pas aux violences par des violences.  La solidarité des résistants fait leurs forces, pas les armes .Ils  se battent pour exister dans la vérité et la liberté.

Combats éternels de la force brute  et de celle des valeurs , des tanks , des armes, de la torture face à la liberté et à la dignité .

La seule résistance acceptable est celle de la liberté  qui donne son sens à la politique et qui en fait la grandeur .

C’est pourquoi aussi, quel que soit le passé de Navalny ,  on peut dire que sa résistance  a valeur positive parce qu’elle  est celle de la liberté et de la dignité.    

RAONI

Le 22 janvier 2021, par l’intermédiaire  de son avocat W.Bourdon,  le chef kayapo Raoni METUKTIRE  a adressé une plainte à la procureure de la CPI, Fatou BENSOUDA, contre Jair BOLSONARO  , pour crimes contre l’humanité, meurtres,  transferts forcés de populations, persécutions commises contre les  peuples autochtones d’Amazonie.

La plainte est documentée, argumentée et ne fait qu’exprimer un état de fait que de multiples organismes ont pu constater .  On ne peut que se réjouir de cette plainte à l’encontre de ce populiste vulgaire, corrompu, dangereux  non seulement pour les brésiliens mais  pour la planète.

La notoriété de Raoni est en très grande partie due à la rencontre qu’il fit en Amazonie avec  Jean-Pierre Dutilleux  . Dans son dernier livre écrit avec  ce dernier «  Mon dernier voyage » , Raoni raconte brièvement la rencontre avec JP Dutilleux ,  qui a échappé à une mort possible , voire probable ,parce qu’il était porteur d’un message d’un ami de Raoni, un indigéniste brésilien .  Mais comme  le récit de sa vie permet de le comprendre , cette rencontre  n’aurait peut-être jamais  évolué en amitié – une amitié indéfectible- si Roani n’avait pas été un fils de chef ,  qui lui a enseigné  l’importance de se contrôler soi-même, « d’aimer tout le monde , hommes et femmes , empêcher les querelles inutiles , éviter les guerres »(p 42), s’il n’avait pas eu l’occasion également , avant cette rencontre, de faire connaissance avec le monde des Kuben ( les blancs ).

Jean- Pierre DUTILLEUX va lui permettre de découvrir  l’immensité de ce monde qu’il ne connaît pas, des éléments de leurs cultures au cours de  conversations , en lui  offrant un Atlas,  avant d’organiser des voyages qui vont lui permettre de parler au nom des peuples d’Amazonie , menacés dans leur existence par la déforestation accélérée de la forêt amazonienne.Raoni va découvrir , de l’avion qui l’emmène hors de son territoire , son monde, cette immense forêt amazonienne , petite au regard du reste du monde qui l’entoure.Il va découvrir la « civilisation », de grandes capitales , rencontrer des personnes célèbres  ( hommes politiques , célébrités de la télévision, le Pape ..) sans que jamais cela entame son attachement à son pays, l’Amazonie, son peuple et les peuples qui y vivent , son attachement aux  traditions. Bien au contraire . Devant les menaces de disparaître ,ce qu’il a pu découvrir et expérimenter a renforcé sa détermination :lutter pour maintenir un mode de vie  qu’il ne juge en aucun cas inférieur à celui de ces pays qu’il a pu parcourir, mais dont il comprend -même s’il reste confiant dans la volonté de ses défenseurs- qu’il est sans doute condamné à disparaître.

« Après ma mort, j’aimerais que les indiens vivent tranquilles dans la forêt , qu’ils puissent chasser, pêcher et aussi chanter et danser au village. C’est cela la vie des Kayapos », écrit-il à la fin  de son testament.

Refus de disparaître, refus de voir la forêt amazonienne disparaître, prise de conscience  que son destin est intimenent lié à celui de l’humanité et  , sans doute, que  celui   de l’humanité  est lié au sien, que son combat a valeur universelle .

Pour l’être humain que je suis ,la conviction que cette lutte inégale entre des peuples  aux cultures traditionnelles et une civilisation qui n’est plus que l’action conjuguée d’une économie  dominée par le capitalisme , la finance et la technologie n’est pas  jouée. Elle ne l’est pas parce qu’elle est en résonance avec la prise de conscience écologique d’une partie croissante des populations du monde.

Pour le moment il reste à espérer  que la CPI  comprendra que l’enjeu de cette lutte est, d’une certaine manière, une Justice qui , au nom de l’Humanité,  affirmerait  que l’Humanité s’appauvrirait de la disparition de tous les peuples et cultures qui sont AUSSI l’Humanité.

« Lorsqu’un peuple- qui occupait une position telle dans le monde que personne ne peut immédiatement la reproduire, dans la mesure où ce peuple présente toujours une vision du monde que lui seul peut incarner-, une ville ou même seulement un groupe de personnes est détruit, ce n’est pas seulement un peuple, une ville ni même un certain nombre d’hommes qui est détruit , mais une partie du monde commun qui se trouve anéantie : un aspect sous lequel le monde se montrait et qui ne pourra plus jamais se montrer. L’anéantissement ici n’équivaut pas simplement à une forme de disparition du monde, mais concerne également celui qui l’a perpétré. La politique au sens strict du terme n’a pas tant affaire aux hommes qu’au monde qui est entre eux et qui leur survivra; dans la mesure où elle est devenue destructrice , et où elle provoque la ruine du monde elle détruit et s’anéantit elle-même. Autrement dit :plus il y a de peuples dans le monde qui entretiennent les uns avec les autres telle ou telle relation, plus il se créera de monde entre eux et plus ce monde sera grand et riche  » Hannah ARENDT Qu’est-ce que la politique?

Poutine le délinquant

Le propre du délinquant est de ne s’arrêter dans les violences dont il ne cesse de jouir que lorsqu’il rencontre plus fort que lui , ou lorsqu’il commence à comprendre que le prix à payer pour jouir de ses méfaits est trop important.

Avec Poutine nous ne sommes plus dans la politique, comme nous ne l’étions plus avec Trump. Nous  ne sommes pas dans une relation de citoyen à citoyen. Nous sommes dans une relation entre un gangster ,  un mafieux et des gens, les russes , dont la plupart le laissent faire, certains se réjouissent de voir qu’ils ont un « chef » qui tient tête à l’Occident , voire l’humilie, et quelques-uns déplorent de vivre dans un pays où ils sont méprisés dans leur droit par un homme dont la fonction devrait être , précisément , de les défendre    L’acharnement d’un chef d’Etat contre un ou quelques citoyens révèlent la vraie nature du pouvoir dit politique : celui d’un gang , d’un clan qui se nourrit de la passivité de la majorité de leurs concitoyens. C’est ce qui se passe avec Navalny , qui n’est qu’un citoyen russe, qui a le malheur de révéler la vraie nature de Poutine. Navalny sera supprimé , un jour ou l’autre. Le délinquant Poutine ne peut tolérer  d’avoir un individu qui lui résiste et qui , de surcroît , le ridiculise, lui qui ,d’une façon proprement infantile, n’a  pas hésiter à se mettre en scène à moitié dévêtu , pour montrer sa musculature  ou à montrer qu’il était un homme fort, courageux , invincible ( un personnage de bande dessinée pour enfants).

Il ne s’agit pas de politique ,  il ne s’agit pas de penser au bien du peuple russe, il s’agit d’éliminer celui qui le nargue et le ramène à ce qu’il est : un délinquant.Poutine n’aime les russes que lorsqu’ils se comportent comme des moutons.

L’U.E n’a toujours pas compris que l’on ne gagne jamais avec un délinquant , tant que ce dernier ne craint rien , pense qu’il peut continuer , ce qui le confirme dans le mépris dans lequel il tient sa victime. Et Poutine est un délinquant endurci , qui s’endurcit à chaque victoire !

Et je ne peux que m’amuser d’ entendre je ne sais quelle ministre demander que l’on respecte la souveraineté de la Russie . Il ne s’agit pas de la souveraineté de la Russie , mais de celle de Poutine, qui ne veut qu’une seule chose : qu’on le laisse assassiner sans rien dire un opposant qui ne fait qu’user de ses droits , et qui ne doit d’être en vie que d’avoir pu échapper à son pouvoir.

Trump, un danger pour le monde.

Si les comportements de Trump n’avaient de conséquences fâcheuses voire catastrophiques que pour les américains, on pourrait les déplorer , partager  la colère ou le désespoir des américains qui ont dû les subir pendant 4 ans. Mais il n’en est rien , malheureusement . M.Trump est président de l’une des grandes puissances de la planète. Ses décisions ont des conséquences au niveau mondial. Sa responsabilité est en conséquence. A ce titre ses pathologies menacent la paix mondiale, ajoutent du désordre au désordre , de l’instabilité à l’instabilité.

On ne peut que déplorer que des systèmes politiques rendent possibles l’élection de pareils individus,  qui n’hésitent pas à  exciter les pires passions  pour se maintenir au pouvoir  , au risque du chaos .

Trump s’en sortira sans doute parce qu’il a de l’argent , des complices aussi corrompus que lui , aux pathologies sans doute semblables, alors qu’il devrait être traîné en justice et payer d’années de prison les dégâts qu’il a fait subir à la société américaine et au monde. 

Ces individus ne sont pas des hommes politiques ,  mais  des chefs de gangs.

Faut-il appeler démocratie un Etat capable de se donner un tel président,  un Etat où un président élu se permet de traiter comme des ennemis ses propres concitoyens ? 

Que faire pour que de pareils  individus ne puissent jamais accéder au pouvoir    et ne pujssent menacer la paix du monde ? Que faire pour qu’un pays  ne puisse être entraîné par ces irresponsables politiques sur des voies qui risquent de mener à la guerre et au chaos ?

De façon évidente se pose la question de la souveraineté des Etats, souveraineté  au nom de laquelle on n’a de comptes à rendre à personne, au nom de laquelle on peut ne penser qu’à soi, sans se soucier de savoir si cet égoïsme n’est pas préjudiciable aux autres.

Un avenir plus paisible passera nécessairement par la remise eu cause de ce concept .La souveraineté des individus comme des Etats n’est plus de saison.